Quand Dieu se cacha des Hommes (conte africain)




Quand Dieu se cacha des hommes Autrefois, à l'origine du monde, Dieu vivait sur terre avec les hommes. Il y avait de tout et surtout, le bien le plus précieux : la paix. La biche vivait avec le lion, le fourmilier avec les termites... Même l'herbe ne craignait rien, car nul ne mangeait: au paradis, puisque c'était le paradis, chacun était rassasié et le bonheur était là, en permanence. Mais, car naturellement il y avait un 'mais', Dieu avait un préféré: c'était l'araignée. Il lui avait appris à· tisser. De tous les animaux, qui tous ne faisaient rien, l'araignée était la seule à travailler: elle fabriquait une grande toile. Elle tissait le jour, elle tissait la nuit. Dieu la regardait et voyait cela comme bon. Alors, l'homme et la femme se mirent à jalouser l'araignée parce qu'elle était la favorite et qu'elle travaillait. Ils consultèrent les autres animaux et même les herbes. Mais ils ne purent les convaincre: les hippopotames dormaient, les margouillats levaient vers le ciel leurs cous jaunes, les flamants roses se contemplaient dans le miroir des eaux et les arbres ne voyaient pas pourquoi il leur faudrait changer de place et se fatiguer à bouger quand le vent suffisait à cette tâche, faisant chanter leur feuillage ... Seuls l'homme et la femme se plaignaient. Ils fatiguèrent Dieu et celui-ci alors leur dit: « Je savais bien que vous viendriez me réclamer quelque chose: vous avez le bonheur, le loisir, la satiété mais vous vouliez encore plus! Vous voulez ce que vous n'avez pas! Alors, je vous donne ce que vous n'avez pas mais, désormais, je vous interdis de venir m'importuner avec vos plaintes et vos demandes. » Et alors, les hommes durent travailler, les enfants ne naquirent plus dans les fleurs mais dans le ventre des femmes. Ils connurent la faim, la corvée d'aller chercher de l'eau, d'aller porter le bois. Ils eurent froid, puis chaud; ils durent construire des maisons. Ils souffraient*, ils souffraient tant qu'ils allèrent revoir Dieu. Dieu écouta leurs plaintes et leur dit: « Je savais bien que vous viendriez me réclamer encore quelque chose: vous avez maintenant le travail, vous avez encore le bonheur. Je ne vous ai pas privé du plaisir, mais je vous ai donné la peine que vous me réclamiez... Je suis fatigué de vous ! Je vous ai déjà interdit ma demeure pour venir vous plaindre. Mais vous êtes des enfants capricieux! Puisqu'il en est ainsi, désormais, vous ne pourrez plus venir me voir. Je vais me retirer de ce monde que j'ai créé; je vais me cacher. Ce sera à vous de trouver comment m'atteindre et me parler. Moi, je saurai toujours bien comment me manifester! Et il prit la toile tissée de l'araignée et la jeta derrière lui sur la terre: c'est le ciel d'aujourd'hui, et les étoiles sont les nœuds du large filet tissé par l'araignée. Depuis, personne n'a jamais plus vu Dieu. C'est pour cela que pour lui parler et le prier, il faut chercher des intermédiaires, car il est caché derrière sa grande toile de nuit et d'azur, et il regarde les hommes, insatisfaits comme toujours, se débattre avec les problèmes qu'il leur a, à leur demande, accordés. Et tout comme Il nous a laissés où Il nous a créés, moi, le conteur, je laisse cette légende où je l'ai trouvée.

Petit conte des Savanes du Burkina Faso

Bernard Germain Lacombe


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